Edito
.
.

.....Edito avril 2019

Les nouveaux ULM

Dans quelques semaines, une nouvelle catégorie d'aéronefs atterrira dans le giron de la fédé' : les UML (Ulm Moyennement Légers). Ce n'est pas un scoop, on en parle depuis un bon moment et chacun donne son avis sur la question.

Passons sur les raisons plus ou moins inavouables qui ont présidé à cette réforme, légaliser un état de fait, ratisser plus d'aviateurs ou satisfaire des intérêts privés.

Ce qui avait échappé à la sagacité collégiale, vu le faible écho, c'est l'augmentation de 5 km/h (3 kt) de la vitesse de décrochage. Mais bon... Que représentent 5 km/h face à 65 km/h (35 kt) ? A peine 8% de plus... Un insignifiante cause supplémentaire de prendre une pelle.

Donc 8% de vitesse en plus, et 50 kg de plus pour un multiaxe biplace (+52,5 kg si parachute).

Admettons. Comme l'évoque une branche non moins avisée de la représentation pilotesque, rendez-vous dans 3 ans pour vérifier le bien fondé de la réforme face à l'évolution de l'accidentologie (volume et facteurs).

Mais face au fait accompli, plions nous de bonne ou mauvaise grâce, priant pour que les mauvais prêcheurs se plantent et que l'harmonie règne sans ombre.

Mon propos est aujourd'hui lié à une actualité personnelle : la venue de visiteurs aériens. Ma petite piste figure au rang des plus inhospitalières qu'on puisse rencontrer. S'y perdent par temps calme quelques pendulaires, autogires, paramoteurs, et multiaxes triés sur le volet, avec pilotes aux compétences affinées. Mon Super Guépard a dû être modifié pour s'y poser en conditions ''audacieuses'', et j'ai dû perfectionner mon style (euphémisme).

Alors quand un ami zailé envisage de me rendre visite, c'est souvent en bagnole qu'il réalise le projet. Parce que si l'ami en question ne peut franchir la haie de l'unique qfu à 65 km/h (grand max), c'est la grue des pompiers qui décrochera son zinzin.

Mais quand un ami pilote accro au short landing, avec un Zlin à grosses roues entend terminer ma dernière part de clafoutis et gobeloter du café chaud, j'attends sa venue avec plaisir et ne crains pas les ennuis.

Puis l'idée fait son chemin... Le zinzin des plaines se voit peu à peu débarrassé de tout ce qui n'est pas essentiel au vol. Les bidules et les machins laissent place à de la vacance.

Jusqu'au pilote qui largue ses kilos avec un régime approprié.

Après retrait de la radio 25 kHz et du TX inquisiteur, le parachute passera par dessus bord. Encore une bonne quinzaine de kilos à gagner de ce côté. Pas utiles pour voler : donc inutiles.

Revenir à un fondamental du plaisir aérien : voler léger. Quitte à troquer le SG contre une merdasse plus appropriée à mon exigence environnementale, pourquoi pas ?

Et plus je vois les ULM s'avionniser, plus j'ai envie d'appareils simples et légers, laissant la fédé' et les néo-ulmistes à cette nouvelle philosophie ULM, la première à ses contradictions, les autres à leur opportunisme.

Marre d'être en déphasage avec ce qui falsifie une prétendue volonté commune. Ou simplement marre d'être en déphasage. Je revendique un plaisir complet à voler sans embarquer tout un merdier non essentiel à l'acte. Une carte, un GPS ou une tablette pour respecter les zones et les autres, quatre ou cinq pendules pour tenir les paramètres et un moteur entretenu pour pas tomber en carafe à tout bout de champ. Un siège, deux ailes.

C'est moins l'idée d'une décroissance, d'une désescalade que d'une juste modération motivante.

Je vois déjà un groupe se constituer... Une espèce de fédération française des ultra légers motorisés (FFULM). Cela pourrait devenir un grand mouvement, avec de nombreux membres, qui un jour obtiendraient qu'on augmente la masse de leur engin pour y greffer plein de trucs non essentiels au vol... Alors un petit groupe ferait sécession pour revenir à des choses plus simples et plus légères, se fédèrerait...

Et pendant ce perpétuel recommencement, dieu chie ses calamités, les politicards niquent la démocratie, les industriels ravagent blueballearth et nous voletons comme de fantasques papillons.

J'ai d'ailleurs comme projet immédiat de consacrer les prochaines minutes de mon existence à démontrer que voler simple peut faire voler heureux. Zou !

Comme dit Gilou, philosophe-diéséliste et psycho-chaudronnier : <i>faire simple est une chose très compliquée pour une humanité qui n'aspire qu'à l'opulence</i> (mais il dit aussi beaucoup de conneries).

Bons vols, en finesse, en souplesse, en sécurité.

Miguel Horville


Anciens éditos


.
.