Edito
.
.

.....Edito mai 2018

Espace Schengen, my ass...

A en croire un rapport de la Cour des comptes de 2014, le coût de l'heure de vol d'un chasseur Rafale avoisine les 27 000 euros (entretien, formation, infrastructure...).

A en croire un rapport de Framatome (filiale EDF AREVA) de 1984 concernant la sécurité des installations nucléaires civiles, la chute ciblée d'un avion de tourisme jusqu'à 6 places n'entraînerait que des dégâts mineurs, aucun risque de propagation nucléaire et sans doute pas la nécessité d'arrêter la production.

A en croire de multiples rapports concernant la menace terroriste liée à l'aéronautique civile, tous les efforts doivent être portés sur le transport aérien de passagers, les installations à forte densité de population, le ciblage balistique des avions en basses couches, la logistique de fret ou le piratage informatique.

Peu de rapports s'intéressent aux pilotes suicidaires qui propulsent leur âme sombre, leur zinc et accessoirement une ou deux centaines de pauvres gus contre des montagnes.

Pendant ce temps, Schengen ouvre son espace à la libre circulation des individus et des marchandises. Migrants plus ou moins énervés, barbus plus ou moins inféodés, came à gogo, matériels offensifs se baladent, à peine troublés par des douanes aux budgets étriqués.

Camions bourrés de saloperies, go fast et clandestinité prospèrent finalement assez bien au niveau terrestre.

L'apocalypse rampante investit la communauté au ras du bitume, c'est acquis.

Ce n'est toutefois pas dans cette voie que l'UE traque le Mal à travers ses décisions... Non, non, non...

Tout eurotechnocrate déconnecté (euphémisme) sait pertinemment que le danger vient du ciel. Après tout, les gaulois (fin antiquité - début christianisme) l'avaient prédit. Et bien qu'ignares, brutaux et malodorants, nos ancêtres possédaient du bon sens et savaient que malheurs, saccages, pillages, hordes et invasions débarquent toujours d'un avion.

Alors quand 2000 ans plus tard un piou-piou déborde sans laisser-passer, c'est le chasseur le plus performant et le plus coûteux du monde qui s'en mêle. A 27 000 balles l'heure, l'ULM en infraction va voir de quel bois se chauffe une autorité par ailleurs incapable d'empêcher l'assassinat de dizaines de piétons dans les rues de nos villes par des tordus seulement armés de coutelas ou de bagnoles...

Cela se passe en France, à Outreau (haut lieu de sinistres fatalités), le 11 mai dernier, alors qu'un pilote belge semble avoir merdé avec son formulaire de plan de vol. Illico la guerre est déclarée à cet avion porteur d'une terrifiante menace offensive.

Le jet à 27 kE/h parti de Saint-Dizier parcourt 400 bornes pour anéantir l'ennemi, survole Outreau pendant plusieurs minutes, panique une populace incrédule qui se voit retomber dans l'horreur de 1943, et achève brillamment sa difficile mission sous les ovations d'une média-sphère en liesse et le sourire gêné d'un ministre à deux doigts de l'apoplexie.

Une fois l'homme entendu, le quiproquo éclairci et ''l'affaire'' close, chacun rentre chez soi. L'avion militaire retourne à sa base pour subir une maintenance à 15 000 euros, son pilote ajoute un fait d'arme glorieux à son palmarès, les habitants d'Outreau retournent à leurs démons passés, les journaleux rentrent au bercail relater leur blitzkrieg et le pilote d'ULM achève de lessiver sa culotte.

Cette anecdote du gâchis ordinaire de nos derniers deniers m'inspire plusieurs réflexions.

En premier lieu, le peuple français se réjouira d'apprendre qu'il est parfaitement protégé contre l'intrusion d'un ULM (simple appareil comme le définissent les éditeurs de mots-croisés). Il serait toutefois intéressant d'analyser la réponse faite à de multiples intrusions simultanées d'ULM en différents points géographiques...

L'armée de l'air a besoin d'entraîner ses pilotes ; en cela ce type d'exercice n'est pas totalement inutile.

A posteriori, la mission atteint les sommets du ridicule : 27 000 euros partis en vapeurs de kérosène pour un bout de papier mal rédigé... y'aurait de quoi se pisser dessus si ce blé n'était pas le nôtre.

Enfin l'illusoire sécurité d'un Espace communautaire, bien plus mise à mal par la réponse militaire qui y est apportée, que par l'incident en lui-même. Si l'ULM avait été réellement hostile : son pilote aurait-il attendu le temps de réaction du Rafale pour se kamikaser contre l'église de Saint-Fion-Jolie-Dame ? J'en doute.

Que l'esprit de Georges Lautner pardonne la contrefaçon : ''Dormez en paix, européens. Tout est tranquille'' (Mort d'un pourri 1977).

Bons vols,

Miguel Horville


Anciens éditos


.
.