Edito
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.....Edito mai 2017

Les marquis du narquois vous em... brassent

En aura-t-il brassé, du vent, l'E-Fan. Notamment développé par Airbus Group Innovations, l'avion électrique devait être un tremplin pour le développement de l'aéronautique de demain. Pau devait bénéficier d'une usine toute neuve ; des emplois devaient être créés ; des avions devaient être livrés dès 2017 ; une production annuelle de 10 à 80 unités était annoncée...

Sauf que les illusionnistes en charge du projet ont mal géré le bidouillage des réalités concrètes.
Sauf que les marquis narquois ont compris tôt que la mèche était vendue, mouillée, devenait instable voire explosive.
Sauf que l'objet cessait d'être rentable dès lors qu'on tentait de le rentabiliser.

Un monument de cynisme ne vaut que s'il est éphémère. On suscite l'intérêt avec une idée racoleuse ; on attire le pognon avec des chimères, puis on se tourne vers une autre arnaque dès que l'inavouable fait jour. La réussite réside dans le dosage. C'est aussi ça, le génie de l'innovation industrielle. Mais attention : ne surtout pas partager ! Quand l'idée est pourrie, on étouffe le projet avant de dilapider le flouze en salaires inutiles. Et si l'idée est bonne, on s'empresse de la revendre pour empocher gras.

Donc l'E-Fan, entre-autres cofinancé par la DGAC (direction générale de l'aviation civile), le FEDER (fonds européen de développement économique et régional), le FRED (fonds pour les restructurations de la défense), la région Aquitaine, le département de Charente-Maritime et quelques entreprises partenaires aux ramifications imbriquées avec EADS, a laissé place à l'amertume des salariés et à la grogne des syndicats, fâchés ne n'avoir pas été conviés au banquet gourmand.

Dites... qui sont les imbéciles dans cette histoire ? Qui convoite les colifichets et allonge l'oseille ? Qui pense s'enrichir grâce au succès d'autrui ? Qui ouvre un large bec et laisse tomber sa proie ?

Ne serions-nous pas ces glands, qui votons comme des ânes pour des saloperies sans âme ?

Reste que les exemples de ''détournements'' de fonds sont tellement nombreux maintenant qu'il serait illusoire de songer à les lister. L'Europe, à travers tous ses fonds, subventions, aides, arrose joyeusement des consortiums industriels cyniques, lesquels usent de ces subsides pour entretenir à l'oeil de bons serviteurs à 7 chiffres qui montent des filiales ''Innovation'' avant de se barrer vers une autre entreprise où leur valeur est davantage surestimée.

Ainsi Jean Botti, DG de l'innovation du groupe Airbus n'a-t-il pas eu à s'empêtrer dans le sulfureux avenir de l'improbable E-Fan, car déjà convoité par Philipps pour peut-être manager le département ''parachutes dorés'' de la boîte. Le big boss Tom Enders a informé qu'un successeur sera désigné quand ''auront été redéfinis la mission et le nouveau périmètre de la future direction de l'innovation et de la recherche''. Admettez que la formule clôt toute analyse critique. Traduisez par ''on fait ce qui nous chante... avec le blé des fonds - donc le vôtre - et on vous emmerde''. Est-ce plus clair ainsi ?

Et puis, au point où nous en sommes, l'idée germe qu'on pas raclé suffisamment le fond des tiroirs à subventions (qu'on n'a donc pas été à donf' au fond des fonds). Car s'il reste une poussière d'euro à rafler dans un coin, il serait idéologiquement inacceptable de l'y laisser. C'est là que survient le deuxième coup de génie (le second effet qui nous coule), sous forme d'une formule gagnante de la part du porte-parole d'Airbus : "Cet avion a fait son job. Aujourd'hui, une grande partie des technologies développées pour l'E-Fan se retrouve dans de nouveaux projets''...

Et parmi ces nouveaux projets, l'hybride, bien sûr ! On nous l'a déjà servi, ce truc compliqué et lourd qui entend révolutionner la physique en associant un teuf-teuf thermique, une génératrice, un moteur électrique et une batterie pour arranger le rendement énergétique ! Souvenez-vous la farce du DA-36 E-Star, en 2011. Si d'aventure les généreux donateurs l'ont oublié, il est temps de le ressortir, le dépoussiérer et le resservir aux idiots qui distribuent les fonds, cette fois assorti de la promesse d'embarquer 80 personnes au lieu de 3 ou 4.

Avec un peu de bol, y'aurait encore moyen de se goinfrer, sans avoir à s'encombrer d'un proto, puisque ledit dada machin est déjà plus ou moins dans le giron du groupe.

Vous savez-quoi ? Je suis certain que ça va marcher. D'abord parce qu'un financier qui distribue de l'oseille considère comme un échec de ne pas poursuivre l'abondement (voir les dettes d'états !) ; que fermer le robinet revient à s'exclure du projet, perdre ses provisions et d'éventuelles retombées ; et surtout parce que les donateurs sont, soit des copains de lobbying, soit de simples crétins. Ces raisons expliquent tous les gâchis, et surtout les enrichissements insolents sur des idées fumeuses.

Avec l'E-Fan, on constate une fois de plus que si la sincérité et l'innovation se croisent parfois, il convient de se méfier hautement de la générosité de ces groupes au CA décachiffrable. L'E-Fan n'a rien révolutionné ; des petites équipes ont fait aussi bien, plus tôt, avec infiniment moins de moyens. La Manche a été battue à l'hydrogène des années auparavant. Que va se perdre Airbus dans une course déjà terminée, sauf à vouloir démontrer que le vol électrique ''grand public'' est une supercherie.

Comme dit Gilou, philosophe diéséliste : si tu as les moyens de te faire plumer et si tu en as l'envie, tu n'as juste qu'à dire oui.

Bons vols, avec prudence.

Miguel Horville


Anciens éditos


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