Edito
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.....Edito août 2019

De qui se moque-t-on ?

Il y a peu, j'ai décidé de faire craquer une vieille Renault dont le Cléon totalise pas moins de 480 000 kilomètres. Le 1108 fonte n'a pas renâclé plus d'une minute, alors qu'il décorait mon jardin depuis presque une décennie. Une batterie, un peu de jus frais, trois coups de maillet sur la couronne du lanceur pour dégripper les pièces mobiles et zou ! Le teuf-teuf tourne à 750 tr/mn avec la régularité d'un chalutier du Guilvinec.

Il me fait marrer ce bloc. Déjà deux fois ramené à la vie après de longs sommeils... il n'a jamais failli, enchâssé dans son écrin rouillé d'une valeur à neuf de 6000 piastres constantes.

Puis je fais le parallèle avec mon Rotax 912 à 18 000 pépettes à poil qui, à lui seul, a occasionné tellement de bulletins de service et d'information, qu'une forêt ne suffirait pas à tous les imprimer. Depuis quelques temps, ce sont les carbus qui préoccupent le motoriste. Des flotteurs qui coulent, des clips qui déclipsent... Puis les pannes non référencées, des guides qui se barrent...

C'est moi ou y'a comme du flottement ?
Depuis quand l'industrie désapprend-elle un savoir-faire au motif qu'elle en acquiert un autre ?

L'injection devenant mature, les braves vieux carbus décrépissent dans leur froc. Et tant pis pour celui qui n'a pas le blé pour s'offrir de l'embonpoint électronique ; il fera la queue au SAV du baron autrichien.

M'enfin...

J'en reviens à ma Renault toute pourrie de 1994. Elle aussi possède un carburateur. Elle boit pareillement du SP95 chargé au méchant benzène. Elle en a bu plus de vingt mètres cubes dans sa (première) vie. Cela n'a pas eu l'air de l'indisposer. Jamais un hoquet, pas de rototo. En fait, je n'ai jamais eu à remplacer quoi que ce soit. Je sais à peine qu'elle possède un gasmaker. Une paire de filtres en début de siècle (mon côté altruiste), et basta !

Son boulot est de rouler, moi d'écrire mes conneries. Faisons sobrement ce pour quoi nous sommes si bas.

Qu'avec zinzin rotaxé, ce n'est pas la même limonade. Pas un mois ne se passe sans qu'on m'informe d'une nouvelle cause d'emmerdement létal, généralement à cause d'un machin de 3 grammes qui se fout en biais avant de retourner mon porte-monnaie.

Bing qu'il se nomme l'objet de nos préoccupations actuelles. Bing, comme sur la vieille BMW flat-twin déglingos de papy schpountz : vous savez, la R-machin. Idem Jabiru.

Bing, une marque à retenir... mais surtout à oublier.

Comment peut-on se prétendre spécialiste de la carburation et ne même pas savoir fabriquer un flotteur ? Il se murmure que l'usine produit un millier de pièces pour n'en retenir qu'une cinquantaine ! Tu m'étonnes qu'on les paye un bras...

Ouais, mais l'essence elle est méchante !

Allongez-vous, en va en causer.

Donc l'essence est méchante ; ses esters grignotent le plastique des couleurs (pardon, des flotteurs). D'accord. Quel rapport avec les clips qui se tordent de rire ? Quel rapport avec les guides qui se font la malle ?

Comment font les autres équipementiers ? Ne prenons que Solex, puisque c'est un de ses représentants qui équipe Sir maC léon ci-dessus mentionné. Cela fait 25 ans que le flotteur barbote dans du 95. Je n'ai pas connaissance qu'il se soit mis à l'apnée au motif que l'essence est méchante.

Prenons les quatre Briggs & Stratton qui se relaient à l'entretien de mon jardin. Pas un qui m'ait conté les diableries d'un maudit carburant. Pourtant chez moi, le 95 coule à flots !

Il n'y a donc que Bing qui pâtisse du benzène. Je suppose une malédiction sélective. J'entrevois un grand dégingandé à l'allure de squelette, en haut de forme blanc, redingote queue de pie, qui souffle un charme vaudou sur l'usine à gicleurs.

Voilà ! Je tiens l'explication. Finalement c'était assez simple de comprendre l'origine de nos problèmes. Des enfoirés d'antillais, d'haïtiens, que sais-je, jaloux de pas voler plus haut que leurs motifs à damiers.

Voyez comme on peut mettre à jour des choses a priori compliquées en réfléchissant un chouïa. Un peu d'observation, trois sous de jugeote, et vlan ! On résout des années de dysfonctionnements.

Partant du constat désormais avéré que l'ancien royaume du Dahomey est à l'origine des merdeuses péripéties de la Bing compagnie, et avant d'aller toiser la face aux chamanistes d'Afrique occidentale au nom de la Sainte stoechiométrie, intéressons-nous aux facétieuses pompes à carburant de nos si coûteux ventilateurs.

Donc comme il nous l'est répété à longueur de BS, de SI et de GV, la pompe doit être régulièrement remplacée, parce que sinon elle va nous créer tant de soucis qu'on va mortellement décéder. Et c'est vrai. J'en ai pris une dans la poire, cela aurait pu être grave.

Soit...

Mais j'en reviens à mon Cléon multi-peroxydé. Lui aussi possède une pompe à essence, qui ressemble vachement très pour très à celle de l'avionet. Un quart de siècle qu'elle regarde le radiateur droit dans les ailettes, attendant qu'un audacieux lance le bouzingue pour arroser le champion de papillon en cuve.

Elle a pas peur. Pas de recul. Ne connaît pas la fuite !

Comment est-ce possible ? Une pompe de moteur d'avion se doit d'être fragile, tourmentée, humide... Tandis que celle d'une caisse à roues est robuste, stoïque.

Alors que... ce sont les mêmes ! Voyez comme Opel partage généreusement sa pompe Corsa avec Rotax... Une vie d'un côté, quelques années de l'autre... Va comprendre.

Sauf à penser qu'une étrange sorcellerie s'empare de nos zinzins.
Sauf à imaginer que les motoristes qui assemblent toutes ces pièces sont des ânes...

Alors certes ; ma vieille ferraille ne vole pas haut. Elle est poussive et maladroite, moche et gauche. Mais elle tient le choc et semble insensible aux décennies qui la recouvre de rouille.

De son côté, le fringant Zinzin vole comme Icare du temps qu'il achetait sa cire chez mémé Zabaye. Mais sous le capot, je vois une grosse merde fragile et capricieuse.

Reste que de retour de mon petit vol du soir, malgré les heures à peaufiner les réglages et remplacer les pièces qu'il convient, je suis une fois encore béat, un tantinet extatique et assurément convaincu que rien ne vaut de voler, même au prix de tels emmerdements.

Bons vols, en finesse, en souplesse, en sécurité.

Miguel Horville


Anciens éditos


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