Edito
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.....Edito novembre 2018

Aérodrome avec supplément d'âme

Il y a des journées qui donnent envie de voler, plus que d'autres. En cette mi-novembre, c'est un mercredi qui m'a inspiré. Besoin d'air, besoin de voler, besoin de calme dans le vacarme assourdissant du moteur. L'ULM fraîchement révisé est sorti et chauffé pour une balade estimée entre 150 et 200 km avec, s'ils sont présents, arrêt café chez les copains et points tournants sur des aérodromes locaux.

Les régions Nouvelle-Aquitaine et Pays de la Loire étant nouvelles pour moi, je ressens la nécessité d'explorer afin d'établir une carte visuelle des repères caractéristiques. Bref, ne pas voler ''bêtement extatique'' comme ma nature m'entraîne à le faire souvent.

Puis voler intelligemment... Je suis en haut pour le plaisir, sans but et sans horaire, alors je m'abstiens de titiller la sorcière et ses diableries perfides. Si une forêt se présente devant, j'étire le cône de sécurité en grimpant. Tant pis pour le carburant englouti ; je demanderai une aide étatique qui me sera accordée, puisqu'injustifiée.

Et justement, après avoir dépasser l'éloignement critique sur la canopée, alors que je réduis pour reprendre une altitude où la visibilité est meilleure, le moteur entame une danse de Saint Guy. Merdave ! Ce merveilleux petit vol tourne court à cause de je ne sais quel funeste maléfice.

Par chance, je suis proche de l'aérodrome vendéen de Fontenay-le-Comte. Atterro' et bonjour à un local qui restaure une magnifique réplique 3/4 de Mosquito. Puis arrivée d'autres vrais humains qui prennent le temps de causer...

Venant de survoler quelques aérodromes déserts, je suis agréablement surpris de cette ''vie''. Le club-house est ouvert comme les hangars, des gens bougent, discutent, travaillent... En semaine, en cette saison...

J'expose mon souci. Papotage, conjectures et ouverture de capot.

Ok, les deux brides de carbu du 912 S ont lâché... Celles-là mêmes que j'ai inspectées quelques heures plus tôt lors de la GV. Je n'y vois qu'une explication rationnelle : l'antéchrist s'intéresse à ma pomme et ça va sentir le crétin grillé dans un avenir probablement immédiat !

Re-merdave ! Je déteste les exorcismes.

Sauf que l'heure n'est pas à la superstition, mais à trouver un remède contre les envoûtements de caoutchouc. Et comme la nature m'a doté d'un don miraculeux pour invoquer la positivité, j'aperçois à quelques encablures de l'aire de stationnement un atelier de maintenance aéronautique.

Faudrait être neuneu pour ne pas tenter sa chance ! M'sieurs-dames bouzou, z'auriez pas une paire de brides qui traînent sur une étagère ? Bah nan... y'a pas de ça ici, dommage.

Mais les mécanos présents réfléchissent à mon problème. P't-être qu'en bidouillant un machin comme ça et un truc ici, la force du levier compenserait l'arcboutant du bidulochose...

On tente ?
On tente.

Matthieu, l'un d'entre-eux entame une construction arachnéenne faite de colliers autobloquants. Cela prend tournure, mais me semble durer une éternité. Car bien entendu, ces entre-faits ont sérieusement écorné l'après-midi qui se transforme peu à peu en fin d'après-midi. Or qui dit fin d'après-midi en pré-hiver, dit urgence à tailler la route ou rester cloué.

Re-re-merdave ! Piégé à 50 bornes de chez soi ; c'est cinquante nuances de zut en cinémascope.

Une fois le bridage terminé, les carbus ne bougent plus. Sauf à être poursuivi par des démons énervés, je peux rentrer au bercail sans problème. Faudra juste pas lambiner pour poser de jour.

Poignées de mains, énorme merci, à la prochaine et gaz !

La réparation de fortune a tenu. Le vol expédié est resté un vol agréable, jubilatoire même, sachant que je reste contemplatif en dépit des tracas mécaniques ; juste une surveillance accrue de cadrans dont j'ignore la fonction (ce qui est visiblement réciproque).

Mais au fait... c'est quoi la morale de cette anecdote, hormis montrer que l'ULM permet d'audacieuses fantaisies techniques ?

De morale, nenni n'a point. Y'a juste la satisfaction d'avoir redécouvert l'optimisme en me posant sur un aérodrome vivant, où les pilotes mélangent ULM, CNRA ou CDN pour le plaisir de voler. Un endroit où boire un café et tailler une bavette est possible, avec un p'tit truc en plus. Un havre où un mécano salarié offre de son précieux temps pour permettre à un balourd de redécoller. Un lieu avec supplément d'âme.

Pas de morale, mais la certitude qu'on peut encore voler avec destination ; qu'on ne survole pas que des étendues mortes avec des demi-lunes closes. Qu'il y a encore de l'espoir...

Pas de morale, mais une bonne adresse en Vendée, avec l'atelier Aéro 85 que je remercie vivement.

Comme dit Gilou, philosophe-diéséliste et psycho-chaudronnier : si on cherche une âme avec l'intention de la trouver, on la trouve. Sauf si on cherche mal... ou si elle n'existe pas.

Bons vols, avec légèreté.

Miguel Horville


Anciens éditos


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