Edito
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.....Edito avril 2017

500 kg : et après ?

Le dossier de la masse des ULM revient à nouveau sur le tapis avec 500 kg en ligne de mire. Différence des évocations précédentes : FFPLUM et DGAC semblent cette fois accorder leur violon pour parvenir à cette ''évolution''.

Sans me poser en Caton censeur, ayant plus qu'à mon tour enfreint la règle pondérale, je m'interroge sur le principe de cette marche vers l'embonpoint.

L'idée initiale est de faire augmenter la masse forfaitaire de 156 kg (+30 minutes) de charge utile des zinzins, en réponse aux personnes bien charpentées qui se plaignent de discrimination.

Contrairement au sens commun admis des principales branches industrielles, ici on change la réglementation pour plaire aux constructeurs, voire à certains utilisateurs.

Et quels constructeurs s'il vous plaît ? Certainement pas les français qui s'efforcent de tenir la masse de leur production aux valeurs actuellement légales. Plus sûrement à des constructeurs étrangers qui entendent recycler leurs petits avions en ULM, à moindre frais et sans se casser la tête.

Donc face à nos ''petits'' constructeurs qui font leur possible, on favorise une armée de rouleaux compresseurs qui finiront à n'en pas douter par écraser les nationaux. Après, les utilisateurs satisfaits du gain obtenu iront faire réparer leur zinzin en Slotchénie orientale, ou sur Mars. Et fort d'une tel avancée, les constructeurs demanderont plus, et toujours plus... L'histoire n'est qu'une éternelle répétition ; à chacun d'aiguiser sa mémoire.

Cela me fait penser à la concurrence déloyale que nous enseigne le monde paysan, les ''bons'' élèves français se voyant opposer des pollueurs extra-hexagonaux qui inondent notre marché sans vergogne, soutenus par une bande de salopards européens. Conséquences : suicides, désertification des campagnes, importation en masse de produits qu'ils savent faire bien, mais pas en respect des normes et des prix qui leur sont imposés.

Ce qui nous révolte dans un secteur paraît adapté dans un autre... Etrange paradoxe.

Dans l'automobile, les normes évoluent également. Mais pas dans le même sens. Chaque nouvelle est plus restrictive que l'ancienne. Bien ou mal ? On part de si loin dans le pire que c'est forcément bénéfique. Qui voudrait d'une bagnole polluante, bruyante et dangereuse comme on les construisait il y a 30 ou 40 ans ? Pas moi, en tout cas.

Exception faite de la triche, chaque nouvelle règle permet aux ingénieurs d'innover, de se surpasser. Au lieu de rester figée, l'industrie évolue et vit. La technologie fait des bonds prodigieux, presque sans limite dans l'audace et les perspectives.

Je me souviens de cette moto mythique -Yamaha V-Max - que la réglementation sur le bruit de 1992 condamnait à l'oubli. A l'époque, l'importateur nous expliquait que 2 dB de moins ''tuaient'' ce V-Four magique... Et aujourd'hui ? On extrait 200 ch d'un moteur ultra aseptisé comme on pisse dans une baignoire. Vous en voulez d'avantage ? Combien ? 220 ? 240 ? Y'a qu'à demander ! Les normes ? Pas de problème, on baigne dedans !

Il suffisait que des décideurs aux yeux bridés piquent une grosse colère et que leurs ingénieurs se crachent dans les paumes pour y parvenir. Le consommateur gagnait en respectant la norme.

Certes, ces gars-là se lèvent un peu plus tôt que nous pour aller bosser. Forcément, ils ont de l'avance technologiquement... la faute aux fuseaux horaires !

Toujours pour suivre ce comparatif technique, l'automobile et la moto n'ont cessé de se soumettre à des règles... ABS obligatoire ; pollution baissée ; résistance améliorée ; garanties augmentées... Et pour plaire à la clientèle : prix stabilisés ; fonctionnalités augmentées ; confort haussé...

Au final... jamais nos véhicules n'ont été aussi performants, aussi sécurisants... aussi chouettes ! Et nous n'en sommes qu'à un stade d'évolution. L'avenir promet plus encore... beaucoup plus.

Pendant ce temps, la complainte des péteux résonne comme une litanie : on n'y arrive pas... comment harmoniser les marchés... léger c'est pas solide... léger c'est pas rapide...

Expliquez cela à Michel Colomban (MCR Dyn'Aéro) !

En changeant la réglementation, on fige également l'industrie des moteurs. Pourquoi se fendre de recherches si le problème du poids n'en est plus un ? Peut-être reviendra-t-on même aux patauds blocs Lycoming ou VW ! A quoi bon chercher des moyens de propulsions innovants dans ces conditions ?

Le succès éphémère du moteur australien Jabiru a tenu dans sa masse et sa compacité. S'il avait été plus fiable et un poil plus musclé, Rotax aurait forcément perdu des parts de marché, dû revoir ses tarifs à la baisse et finalement cherché (et sûrement trouvé) une alternative profitant davantage aux pilotes qu'aux actionnaires.

Mais en baissant les bras, ou pire, en militant pour un assouplissement de la réglementation sur le poids des ULM, ceux qui trahissent la philosophie historique de notre mouvement se rendent parallèlement complices de l'immobilisme attendu des constructeurs.

Même en cherchant avec honnêteté ce qu'il y a de bon dans l'alourdissement des ULM, je ne trouve pas. Car soyez-en sûr, quand les 500 kg seront adoptés, d'obscures démons pousseront dans le sens de davantage de poids.

Dans un contexte où il serait inspiré de se faire oublier (accidents en hausse, menace terroriste, espace commercial encombré, gratuité des SIV sous audimat...), il y a peut-être plus urgent que chercher les emmerdes. Car si l'augmentation de la masse est une cause directe d'accident, elle est également un facteur d'aggravation des conséquences d'accident.

A moins bien sûr que le recyclage de la DGAC sous une autorité communautaire ne force quelques uns de ses représentants à pousser le turbulent élève ULM hors de l'admissibilité, afin de pouvoir le recadrer ensuite. Une perspective que le parti ''Générations ULM'' n'a pas forcément envisagé avant de démarrer ce chantier délicat et ô combien aventureux : un point de non retour.

Comme dit Gilou, philosophe diéséliste : l'innocence de celui qui tend le bâton n'a d'égale que le machiavélisme de celui qui bat.

Dominique, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font.

Bons vols, avec prudence.

Miguel Horville


Anciens éditos


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