Edito
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.....Edito août 2018

La foire aux accessoires

Il existe deux types d'ULM : ceux qui sont construits comme des avions, par des constructeurs rompus aux règles de certification, et ceux construits... autrement. Les premiers se rencontrent généralement en Europe Centrale, Allemagne, un peu Italie...

Les autres se trouvent... ailleurs, un peu partout.

Ce qui me propulse sur le terrain hautement glissant des équipements et autres accessoires. Car pour la qualité de fabrication, hors rares exceptions, les constructeurs sont globalement à la hauteur, avec de bonnes résistances structurelles et au vieillissement. Cela n'est nullement remis en doute. Mais...

Quiconque entretient régulièrement son ULM s'attache à inspecter scrupuleusement les postes à risques que constituent le circuit d'essence, le faisceau électrique, les organes de commande, les roues et pneumatiques...

Et là, on trouve de tout, du meilleur au pire, voire au scandaleux. Des durites qui ne tiennent ni les UV, ni la chaleur, ni même le carburant ! Des pneus craquelés dès le montage ; d'autres prévus pour des brouettes ! Des relais mal ou pas isolés ! Des connecteurs parkinsoniens ! Des filtres à carburant fragiles ou inadaptés ; des robinets qui fuient ; des pompes qui suintent... Des câbles ou des raccords qui s'oxydent ; des guignols qui criquent ; des vérins qui coincent ; des adhésifs seulement décoratifs ; des peintures HT qui brûlent !

Mais où trouve-t-on donc ces merdes, se demande-t-on ? En monte d'origine parfois ; sur des ULM auto-bricolés souvent ; au catalogue de certains revendeurs aussi...

Je teste régulièrement ces produits dans des conditions ''terrestres'' extrêmes pour valider leur aptitude à me sécuriser en vol. Des engins dont l'arrêt inopiné ne risque pas de me tuer, sont sollicités pour ces expériences aux résultats parfois inquiétants. Jusqu'à ma fourgonnette qui a failli partir en fumée à cause d'une durite aéronautique vendue ''un bras'' par un ténor du commerce ULM (www.youtube.com/watch?v=_u2b3oXLVb0).

Lors du dernier rassemblement de Blois, un ULM neuf de grande marque devait suspendre ses vols à cause de pneus fissurés. Un autre pareillement neuf ne démarrait pas à cause d'un relais en court-circuit, avec échauffement des câbles et risque d'incendie. Lors d'une révision, un filtre à essence en plastique a cassé au montage. Remplacé par un autre modèle, la couche interne des durites a été entaillée par le crantage trop prononcé, entraînant l'infiltration du carburant...

D'où viennent ces équipements de mauvaise qualité ? Comment se retrouvent-ils sur nos aéronefs ? Qui prend la responsabilité de mise sur le marché de produits potentiellement dangereux ?

Autant de questions qui m'ont conduit à enquêter depuis plusieurs années sur les filières de distribution et sur l'origine des produits. Comme expliqué plus haut, les tests sont réalisés en condition d'utilisation. Filtres, tuyaux, relais, contacteurs, connecteurs, interrupteurs... tout y passe.

Les produits choisis selon des critères objectifs (caractéristiques techniques, propriétés) sont achetés en Chine via des plateformes connues, à des fabricants d'où qu'ils se trouvent, aux réseaux de marques ou dans la grande distribution. Ils sont comparés à des produits importés pour l'aéronautique. Les produits dégradables sont soumis à des activateurs de vieillissement ; les pièces mécaniques ou électriques sont sollicitées à leur maximum...

J'ai également questionné quelques accessoiristes aéronautiques au rang desquels ULM Technologie ou Loravia qui me disent tester la plupart des articles de leur catalogue, et requérir également aux retours de leurs clients pour l'évolution de leurs gammes.

L'enjeu de cet édito n'étant pas de dresser une liste des bons ou mauvais produits, des bons ou mauvais commerçants, je me contenterai de mettre en garde les mécaniciens amateurs, voire professionnels, contre les produits douteux qui pullulent sur le marché. Certains, de l'ordre de la cosmétique, n'ont pas d'incidence sur le fonctionnement des aéronefs. D'autres sont susceptibles d'entraîner des pannes, ou pire, des accidents.

Pour pallier à ces nombreux écueils, seule l'expérience compte. Un mécanicien qui connaît les dégâts occasionnés par de mauvais produits sait les éviter et en sélectionner de meilleurs. De même, il est utile d'échanger avec les distributeurs afin d'affiner sa demande et d'éviter le mauvais choix. Le prix ne doit pas être le premier critère de sélection ; c'est la réponse au besoin qui doit l'être.

Comme dit Gilou, philosophe-diéséliste et psycho-chaudronnier : seul celui qui a commis toutes les erreurs acquiert le discernement et celui qui a acquis toutes les merdes sait ce qu'est la qualité.

Bons vols, avec légèreté.

Miguel Horville


Anciens éditos


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