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Expériences vécues

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Travers France par J. Foucher


Transhumance




Derniers tests concluants

Marc me contacte de temps en temps avec la radio du club, au cas où un problème surgirait. En effet, je veux être à proximité des pistes. La météo est toujours bonne... Je contemple cette base vue du ciel, avec ses ''marguerites'' en béton, ses vieux hangars, les petits hangars verts du club, le parking à voiture. Plus loin, on constate un triangle où l'herbe pousse différemment, peut être l'ancien terrain de baseball des américains d'alors, il y en avait 3000 sur cette base à l'époque, dont un célèbre, Collins, qui a volé plus tard sur Apollo 11, et s'est marié ici, sur cette base dans la chapelle qui existe encore, et que je survole maintenant. Tout près, l'étang de la Chaussée dessine son contour, et au loin, les côtes de Meuse qui me verront passer demain matin, si techniquement, tout va bien aujourd'hui, car la météo est excellente pour plusieurs jours à venir, avec un petit vent d'Est qui nous poussera vers notre destination. Finalement, tout roule et demain matin, je partirai vers l'Ouest : 660 km de parcours... En attendant, la haut dans cet avion que j'ai construit de mes mains à partir d'un plan, de madriers de pin d'Oregon finement débités par un menuisier de Metz, et de beaucoup de passion, parfois de doutes aussi, je pense à la navigation que j'ai préparée très soigneusement avant de venir, les terrains d'étapes, les terrains de dégagement en cas de nécessité, les différentes fréquences à utiliser, les zones militaires, les parcours GPS déjà programmés selon toutes les différentes éventualités, et même la répétition du survol virtuel à partir d'un logiciel '' la France vue de l'Espace'' (google Earth n'existe pas encore !), mais aussi les temps de vol prévisibles avec mes 110 km/h de croisière sans vent. Avec un capot moteur ça aurait été mieux, mais pour le fabriquer, il faut ramener l'avion dans l'Ouest, près d'un atelier. Et puis il y a l'adaptation d'hélice qui me laisse un souvenir coriace ! Ah ! l'hélice j'ai quelques cheveux blancs en plus à cause de l'hélice, ça n'a pas été facile. Sur le papier, adapter une hélice c'est simple quand on en a plein l'atelier mais il faut d'abord les acheter pour les essayer ! Et ça, c'est plus dur. Patrick ''mécanique-man'' du club me viendra en aide. Tout en volant, je pense à Rose-Marie qui m'attend dans L'Ouest et que je rassure, d'une voix si possible tranquille, assez régulièrement au téléphone.
La poignée du parachute au plafond du zinc me rappelle que c'est la seule chose que je ne peux pas tester, mais qui doit fonctionner à coup sûr en cas de gros pépin.
L'aiguille du variomètre ondule gentiment, avec un peu de retard, au rythme des turbulences et, à force de refaire presque toujours le même circuit, je devine où je vais trouver les ascendances et les remous, (les trous d'air des non initiés !). Il n'y a (heureusement) jamais d'endroit où il n'y a pas d'air ! Mais comme l'air circule aussi en montant et en descendant, parfois on est dans la vague d'une atmosphère en mouvement. Les températures moteur sont parfaitement stabilisées, j'en viens même à me demander si les thermomètres marchent effectivement bien ! Faire des tests, c'est tout soupçonner... Le vieux chrono de tableau, donné par un ami accuse 1h30 de vol, c'est un authentique Jungmann de 1942, récupéré sur un Junker 87 ''Stuka'' crashé près de Charleville Mézière, que j'ai remis en état de marche moi même, sous la loupe de mon ancien poste de travail.





Prêt pour aligner les kilomètres

J'entame ma descente vers la base, constate au bout d'un moment que les températures réagissent à la mise au ralenti lorsque j'aligne l'avion en finale pour un arrondi qui me semble toujours être la plus belle partie d'un vol. J'ai fait des modèles réduits d'avions pendant trente ans et c'était déjà comme ça en modélisme, j'aime beaucoup les différentes phases de l'atterrissage ! Bon, une fois posé, robinet d'essence sur OFF et mesure de ce qui reste de carburant, nous mesurons qu'il reste 1h30 de carburant (en aviation je compte le carburant en heure de vol, par rapport à la consommation). J'ai volé 1h30 plus 1 heure de vol restante ce qui fait 2h30 de vol possible, plus une demi heure de réserve au cas où, (ce qui est règlementaire, en cas de problème imprévu à destination qui nécessiterait un déroutement vers un autre terrain). C'est bien pour un petit zinc comme celui ci 2h30 plus la réserve, ma première étape doit durer 1h30 peut être 2 h au maximum, ce qui me laisse une heure supplémentaire, avec la réserve, pour me perdre ! De toute façon, j'aurais du vent dans le dos alors, côté autonomie, c'est gagné, même si je dois attendre mon tour pour me poser à l'arrivée ou que je doive me dérouter au dernier moment vers un autre terrain. Anthony, mon beau-fils s'est spécialisé dans la combustion interne des moteurs et à interprété les courbes fournies par Rotax pour choisir le meilleur régime économique, régime que j'ai bien sûr utilisé. Les réservoirs sont remplis au maximum après une très sévère visite post vol et maintenant, on va aller consulter une dernière fois sur le Net, la météo et les ''notam'' (les infos sur les terrains et autres, pour les pilotes). La nuit sera agitée au club house, car je repense à tout ce qu'il ne faut pas oublier, tout ce qui ne serait pas sur la check-list de départ... Un ami Italien (Renato) aurait bien voulu venir avec nous, mais si en plus il faut gérer un autre équipage, avec d'autres impératifs, pas disponible en même temps que nous ce sera impossible. Vous aurez compris que notre charge de travail est déjà conséquente. Nous donnons la priorité à notre traversée. Nous apprendrons Plus tard, qu'à cause de ça, il décidera de ne plus être notre ami... Il dira que je suis un ''Bad boy''... Il nous a fallu accepter cette injustice sans rien dire...





Jour J ; instant T

Six heures du matin, nous poussons la lourde, très lourde porte de hangar qui à vu passer des avions de chasse, des F86 sabres et des F100 Américains. Aujourd'hui, c'est un Himax, lui aussi de conception Américaine, qui va franchir le seuil de ce gigantesque hangar, qui résonne sous nos voix et dont la porte grince sous nos effort matinaux. Nous sommes tous les deux, Marc et moi courbés sur la tôle froide et rouillée. La porte roule lentement en grinçant, laissant entrer la pleine lumière du matin de juin, dans ce crissement caractéristique du frottement des roues métallique sur les rails, et qui s'accélère progressivement, au fur et à mesure que la porte prend son élan. Après une très sérieuse visite pré-vol, la voiture de marc est chargée de tout notre fourbi, où s'entasse au hasard, pèle mêle les caisses à outils, les vêtement, les boîtes de raviolis, les bouteilles d'eau, les oreillers, les sacs de couchages et tout ce qui à fait nos derniers jours ici. Un dernier coup d'œil vers l'Ouest en contournant le hangar à pied et... brouillard ! Il y a un léger brouillard matinal vers l'Ouest ! Il faut attendre, une bande diffuse de brume bouche l'horizon vers l'Ouest, mais dès que le soleil chauffera un peu, ça devrait le faire ! 6h30, allez, c'est parti pour la grande migration ! L'avion remonte les nombreux taxiways au ralenti, suivi par Marc, en voiture, qui prendra les photos. Je m'aligne sur la ''grande piste'', face à l'Est, face au petit vent matinal et je décolle.



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