logo ULMaG www.ulmtechnologie-shop.com
Edito octobre 2026
188 articles .......... anciens éditos


vignette
Conception : l'empirisme dans le sang

Il y a vingt ans, la patinoire de Bad Reichenhall...

Récemment, un avion certifié Elixir subissait une défaillance structurelle majeure en vol : la perte d'une gouverne. L'appareil est allé au tas, tuant son équipage.

Bien que je tente de ne jamais mélanger l'aviation générale et l'ULM, ce crash ne peut être ignoré car il rappelle avec force similitude certains accidents d'ultra-légers, lesquels occasionnent opportunément des levées de bouclier concernant notre régime déclaratif.

Cette avarie ravive immédiatement le spectre d'une série noire MCR Dyn’Aéro. Ruptures de ferrures d’empennage, décollements de gouvernes, usure destructrice des commandes de gouvernes... autant de causes de drames multiples.
Et ce mal ne se limite pas aux seuls avions légers ou multiaxes rapides. En Classe 6 (hélicoptères ULM), le constat est caricatural : pales coupées nettes en fatigue, ruptures d'arbres de transmission sous flexion structurelle, rotules de commande sectionnées par sollicitations alternées. Le monde des autogires n'est pas non plus épargné, avec des résonances mal maîtrisées et des têtes de rotor ou des pieds de pales détruits, conduisant au désastre.
Partout en France et en Europe, des multiaxes modernes pourtant très répandus, faux rustiques tout-terrains ou vraies balles traçantes ont dû repasser à l'atelier pour poser des renforts de structure, épaissir des ancrages de profondeur ou remplacer des guignols de volets.

Comment en est-on arrivé là ?


Pour les hélicoptères ULM, l'équation est un piège sadique : faire voler une voilure tournante, complexe et truffée de mécanismes exigeants, le tout enfermé dans la camisole d'une masse limite imposée. Pour que ça vole, les bureaux d'études sont condamnés à dimensionner au strict minimum. La moindre marge de matière est traquée, rabotée, éliminée.

Et ce syndrome s'est diffusé aux ULM multiaxes haut de gamme. Pour afficher des performances de chasseurs tout en conservant de la charge utile, on tend les structures à l'extrême. On fait travailler les matériaux à la limite de leurs contraintes théoriques, dans des régimes vibratoires et aérodynamiques d'une violence inouïe (lire l'expérience de l'explorateur Matevz Lenarcic dans le désert australien...).

L’ignorance bénéfique


Qu'on ne s'y détrompe pas : les ULM des années 80-90 en tubes d'aluminium vissés, emboîtés et entoilés n'étaient pas exempts de défauts. Il y a eu des ruptures, bien sûr, souvent dues à de la corrosion interne masquée ou des montages en kit approximatifs.

Mais à l'époque, le surdimensionnement des structures n'était pas un choix philosophique : il était subi. Ne sachant pas calculer au millinewton près les contraintes dynamiques par éléments finis, les concepteurs appliquaient par précaution des marges de sécurité empiriques colossales. C'était lourd, c'était rustique, c'était ''mal construit'' au sens de la finesse aérodynamique moderne... mais c'était sacrément solide.

Surtout, l'ancienne école avait une vertu cardinale disparue aujourd'hui : l'inspectabilité. Un tube d'aluminium marque, grince, s'ovalise aux perçages, crée du jeu, révèle ses criques à la lampe de poche. Le pilote était un acteur lucide de sa sécurité lors de la pré-vol.

Aujourd'hui, à l'instar des voitures modernes dont le capot est verrouillé par des carénages en plastique étanches, la pré-vol d'un ULM haut de gamme est devenue une pure gageure. On contemple une surface en carbone miroitante et lisse. Or, si le carbone a de la mémoire, il n'a aucune pitié. Il ne se déforme pas pour avertir : il reste élastique, invisiblement délaminé à l'intérieur après un choc de hangar ou une turbulence, puis il rompt comme du verre. Le pilote est dépossédé de son jugement, condamné à une foi aveugle envers un bureau d'études qu'il ne connaîtra jamais.

Pour une vraie rupture administrative : sortir de l'imposture


Face à cette dérive, la solution n'est pas d'interdire le progrès, mais d'arrêter de mentir sur la nature des machines.
D'autant que la réglementation, l'administration et même la fédération, avaient anticipé de longue date ce qui devient une évidente dérive technico-administrative.

En créant la notion d'ULM sophistiqué, on avait bien ''flairé'' le problème.

Sauf que, comme souvent, on n'a pas été au bout du raisonnement et on a abdiqué devant une vraie et audacieuse prise de responsabilité.

Cette notion de sophistication est devenue une absurdité réglementaire. Elle distingue les ULM selon qu'ils sont équipés :
- d'une hélice à pas variable, ce qui est indiscutable, une mauvaise gestion pouvant conduire au tapis lors d'une remise de gaz ratée,
- d'un train d'atterrissage rentrant, pareillement indiscutable, une panne ou un oubli générant un risque majeur à l'atterrissage,
- d'un parachute ! Là, les mots manquent... Y avait-il moyen de faire plus absurde ?

Y avait-il moyen de mieux saboter la distinction entre l'ULM au sens historique et l'avion déguisé en ULM sans limite ni mesure ?

Avec cette décision sortie d'un chapeau de zozo, tous les ULM, du pendulaire monoplace au 3X biplace tandem à compensation de turbulences, se retrouvent logés à la même enseigne dès lors qu'un parachute les équipe.

D'ailleurs j'attends toujours une réponse à la question posée à la fédé' plusieurs années en arrière : le paramotoriste qui emporte un parachute de secours à la ceinture est-il sophistiqué ?

Mais outre la séparation administrative ratée qui ne se fera jamais, la fédé' étant concentrée sur les chantiers majeurs que sont la diversité, l'intersectionnalité et l'écriture inclusive, un aspect beaucoup moins reluisant de cette prétendue évolution : l'essuyage de plâtre.

Le cynisme du ''Fix it after the crash'' (réparer après le crash)


C'est là que réside le véritable malaise, la dérive morale de notre aviation légère modernisée.

Lorsqu'une structure taillée ''au plus juste'' finit par céder en vol sous le coup d'une fatigue mal anticipée ou d'une vibration harmonique oubliée par le logiciel de CAO, quelle est la réponse du système ?

Une Consigne de Navigabilité urgente. Un Bulletin de Service obligatoire. La flotte entière est clouée au sol. Le constructeur dessine en hâte une ferrure plus épaisse, envoie un kit de renforcement à trois sous, et conclut soulagé : ''Problème résolu, vous pouvez repartir en vol.''

Mais quelle forme de cynisme administratif et industriel consiste à accepter qu'il faille l'immolation d'un équipage pour valider un calcul de résistance des matériaux ? L'idée philosophique même de la sécurité aérienne devrait être d'empêcher que le ''numéro 1'' ne se plante. On ne devrait pas utiliser nos membres comme des pilotes d'essai qui s'ignorent pour faire la mise au point de machines vendues au prix d'un appartement.

Il serait temps que le monde de l'ULM (et de l'aviation légère par extension) sorte de cette hypocrisie. Une machine réussie n'est pas celle qui vole le plus vite à la limite statistique de la rupture sous le couvert d'un statut déclaratif bien pratique, mais celle qui est transparente avec son pilote, qui se laisse inspecter, et qui ne prend pas ses utilisateurs pour des cobayes de crash-test.

Nous avons déjà bien assez à faire pour ne pas nous planter à cause de nos propres maladresses ou de notre manque de vigilance, sans devoir en plus prier pour que l'ULM qu'on nous a vendu à prix d'or ne se désintègre pas en vol.

Comme dit Gilou, philosophe-diéséliste et psycho-chaudronnier : ''on conçoit des avions avec des logiciels de CAO dont les mises à jour sont consécutives aux crashs''.

Bons vols.

Miguel Horville

ANCIENS EDITOS
Conception : l'empirisme dans le sang
octobre 2026
Papa Tango Charlie...
septembre 2026
Deux minutes de fausse joie
août 2026
Du vol du hibou au trépas du casse-cou
juillet 2026
Le tétragonisme du cockpit
juin 2026
Les CON.NE.S
avril 2026
70 ans : du VLO au tricot
mars 2026
Arrêté VLO : la preuve qu'il ne sert à rien (part. 2)
février 2026
Où est le problème ?
septembre 2025
ULM et racolage guerrier
juin 2025
Arrêté VLO : pourquoi il ne sert à rien (part. 1)
février 2025
A force de faire n'importe quoi...
octobre 2024
Somme-nous semblables ?
septembre 2024
ULM : les paillassons volants (partie 2)
août 2024
ULM : la serpillière des profiteurs (partie 1)
avril 2024
Et la montagne accoucha d'une souris
mars 2024
Le client est-il roi ?
janvier 2024
Remise de gaz : y penser à deux fois !
décembre 2023
Cachez cet objet volant télépiloté que je ne saurais voir
octobre 2023
Blois 2023 : l'audace et la persévérance
septembre 2023
Et s'il y avait moyen de ne pas disparaître ?
juillet 2023
Un constructeur qui se fout bien du monde
juin 2023
Quand sonne l'heure
avril 2023
Situations conflictuelles
mars 2023
Le coup du marteau sur la tong
février 2023
Mon curé chez les ulmistes
janvier 2023
Les complices
décembre 2022
Quand les clubs nous font voler
octobre 2022
Fin de cycle sur tapis rouge
septembre 2022
Quand l'intégrisme vert vire au kaki
août 2022
Les règles et ce qu'on en fait
juillet 2022
Grand pouvoir et irresponsabilité
juin 2022
Un martien, sinon rien...
avril 2022
Et si on taxait l'indécence ?
mars 2022
Une lente descente vers le désenchantement
février 2022
Un ''sentiment'' d'augmentation...
janvier 2022
Histoire d'un voyage ordinaire extra
décembre 2021
MANEX pour OBL en OPS ULM
octobre 2021
MULM de la FFPLUM : une réussite !
septembre 2021
Du bal des timbrés aux joyeux suicidés
août 2021
Une idée féministe... l'ULM inclusif tendance woke sauce Fayence
juillet 2021
Une balle dans le pied... Une autre dans la tête !
juin 2021
Monopole, le chemin de la régression
mai 2021
La pilule de la veille
avril 2021
L'argent des autres
mars 2021


Comparaison n'est pas raison
En février dernier, l'équipementier E-Props publie une vidéo ''Droit de réponse'' suite à un comparatif d'hélices paru dans un magazine ULM vendu en kiosque. Grosse amertume d'un l'industriel innovant qui voit ses efforts...

Fédérer, uniformiser... désunir
janvier 2021
De quoi j'me mêle ?
décembre 2020
Le diable se cache dans les petits caractères
novembre 2020
La cocorilose* en inaction
octobre 2020
J'ai perdu mon ombre... et bientôt ma liberté
septembre 2020
Punir les pilotes ; une idée citoyenne !
août 2020
Et Dieu créa la différence
juillet 2020
Bonne fête, mère Mozette
juin 2020
Vivre riche, sans modération
mai 2020
Histoire d'un rêve qui se termine
avril 2020
Le virus qui rend tout fou
mars 2020
Ceux dont la vie vaut plus
février 2020
Les bonnes résolutions
janvier 2020
Les pendul' à l'heure
décembre 2019
Pour qui roule la fédé' ?
novembre 2019
Qualif' radio : le début du renoncement
octobre 2019
Cherche ULM désespérément
septembre 2019
De qui se moque-t-on ?
août 2019
Les spécialistes
juillet 2019
Le respect des hôtes, des autres
juin 2019
Métastases cherchent naïfs pour proliférer
mai 2019
Les nouveaux ULM...
avril 2019
Vend liberté : mise à un prix 300 000 euros !
mars 2019
Remplir les cases
février 2019
Générations éphémères
janvier 2019
Est-il urgent d'attendre ?
décembre 2018
Aérodrome avec supplément d'âme
novembre 2018
Promotions à débattre
octobre 2018
Victimes or not victimes ?
septembre 2018
La foire aux accessoires
août 2018
Esprit ULM... es-tu là ?
juillet 2018
Entre peu et pas, un état d'esprit
juin 2018
Espace Schengen, my ass...
mai 2018
Entêtement irresponsable
avril 2018
Du carburant frais pour voler ''safe''
mars 2018
Universalité ; diversité ; francophonie...
février 2018
ULM : aéronef sémantiquement indésirable
janvier 2018
Ce contexte qui brise le rêve ?
décembre 2017
Parler patois pas parler à toi ?
novembre 2017
From rustic to high-tech
octobre 2017
S'élever, se régaler, se déplacer...
septembre 2017
De l'impuissance à l'imposture
août 2017
Baliser entre les cônes
juillet 2017
ULM : le bal des hypocrites
juin 2017
Les marquis du narquois vous em... brassent
mai 2017
500 kg : et après ?
avril 2017
Il est si facile d'interdire
mars 2017
A quand les ZIP ?
février 2017
Spécialistes en herbe
janvier 2017
Légèreté
décembre 2016
Comprenez si vous pouvez
novembre 2016
Le ciel a bon dos
octobre 2016
Salon de Blois : les limites
septembre 2016
Les euro-cocus du 8.33
août 2016
Concepteurs amateurs
juillet 2016
Ce chien... un humain comme les autres
juin 2016
Fumisterie électrique
mai 2016
De l'économie au foutage de gueule
avril 2016
Ça va chier !
mars 2016
Presbyte cherche gros caractères
février 2016
Et après?
janvier 2016
Le prix du baril d'a-brut-i...
décembre 2015
Vol de nuit : le bal des hiboux
novembre 2015
Et si la sophistication tuait ?
octobre 2015
Victimes consentantes
septembre 2015
Le sentir... ou pas
août 2015
La saison des gamelles
juillet 2015
Qui osera ?
juin 2015
Un système qui nous échappe
mai 2015
Multicopters : vers une 7e classe ULM ?
avril 2015
Le cinquième élément : celui de trop
mars 2015
Vigipirate : entre psychose et laisser-aller
février 2015
Dans le brouillard de la schizophrénie
janvier 2015
Une furieuse envie de voler !
décembre 2014
Marques sulfureuses... attention patates chaudes !
novembre 2014
Ceux dont la vie vaut moins...
octobre 2014
Drones : la messe est dite
septembre 2014
Attention aux bagages
août 2014
Dieu ne connaît pas ma soeur !
juillet 2014
L'ultime décision ; question de choix
juin 2014
Le beurre, l'argent du beurre et le reste on s'en fout
mai 2014
Volez! : la fin d'une histoire
avril 2014
Nous irons tous au paradigme*
mars 2014
Histoire belge
février 2014
Transfert d'incompétence : le Noël des voyous
janvier 2014
Drones à toutes les sauces
décembre 2013
Sophistication simplifiée
novembre 2013
Histoires de discrimination
octobre 2013
Un cône, ça se respecte ou ça se fume
septembre 2013
Dommages collatéraux
août 2013
Voler n'est pas un caprice
juillet 2013
Profiter c'est bien : mériter c'est mieux
juin 2013
Rencontres avec des martiens
avril 2013
Les pommes tombent des arbres... Les bananes s'y accrochent !
mars 2013
La méritocratie des branleurs ; comment accélérer le déclin
février 2013
Occasion : qu'est-ce qui cloche au pays des ulmistes ?
janvier 2013
Problèmes d'entoilage X-Air : lumière en vue
décembre 2012
Total Access ou l'étonnant paradoxe d'un vampire au sourire d'ange
novembre 2012
Une tablet'... à tous prix !
octobre 2012
Sainte Sarah is watching you*
septembre 2012
Intérêts... Désintérêt ? Connivence ou naïveté ?
août 2012
Conflit de probité ou incompétence... le danger guette
juillet 2012
J'ai tombé, je m'ai fait mal, je m'ai relevé... ou pas
juin 2012
En mai, fais ce qu'il te plaît...
mai 2012
Le bruit flou de l'administration
avril 2012
Rotax 912 iS : une innovation qui se mérite
mars 2012
Ne sombrons pas dans la vulgarité
février 2012
Et quoi d'autre pour 2012 ?
janvier 2012
Voler, c'est voler
décembre 2011
Les limites ont été atteintes... et dépassées !
novembre 2011
Blades...
octobre 2011
Les femmes, mères de tous les maux
septembre 2011
Le Tour ULM : une belle vitrine pour l'aéronautique
août 2011
Fausse-bonne idée cherche gogos... pour allonger l'oseille
juillet 2011
Du choix des mots et des propos
juin 2011
Basses couches en vert kaki
mai 2011
Ce facteur qui sonne toujours ... le glas
avril 2011
OUI... MAIS...
mars 2011
Des vautours planent sur nos ULM
février 2011
Restons éveillés
janvier 2011
Faisons un rêve
décembre 2010
Attention à la tâche d'huile...
novembre 2010
Mon royaume pour un bidon
octobre 2010
Genèse d'une Loi liberticide
septembre 2010
Aime le ciel, et le ciel t'aimera... peut-être
août 2010
Voler en Belgique... ou rouler
juillet 2010
Poule, oeuf et sophistication : la classe de plus, la classe de trop ?
juin 2010
Sous couvert d'anonymat
mai 2010
Taxe carbone : carbonisée
avril 2010
L'union fait notre force, notre salut
mars 2010
Le désespoir de ceux qui restent
février 2010
Bug de l'An 2000 : une simple répétition ?
janvier 2010
Migration : coucous désorientés
décembre 2009
La Chine s'éveille ; le monde s'endort
novembre 2009
Une crise... quelle crise ?
octobre 2009
Un parachute par amour, ou par respect
septembre 2009
Quand les pilotes dérapent...
août 2009
Quand les médias dérapent !
juillet 2009
A moi le ciel électronique !
juin 2009
A la gravité s'ajoute la connerie !
mai 2009
Etrange réglementation...
avril 2009
Inauguration
mars 2009

Webmaster : Fabrice Gay & MH - Rédacteur : Miguel Horville - ULMaG ©2008-2026










page générée en 0,01 sec.