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Edito février 2013
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La méritocratie des branleurs ; comment accélérer le déclin

Comme j'ai trop d'amis et que cette charge affective me pèse, j'ai décidé d'en perdre quelques uns ce mois-ci et de rafraîchir mon portefeuille d'ennemis. Et puis, ma mauvaise foi n'étant pas totalement assumée, je passe directo en mode vieux con. La faute à une gamine qui m'a lâchement rendu grand-père... Moi, jeune homme, presque encore boutonneux.

Quatre adolescents de l'Indre - Gabriel, Hasma, Smahane et El Areth, en difficulté scolaire, bénéficient d'un ''coup de pouce'' de la Jeune Chambre économique de l'Indre (JCI), avec le soutien du Dispositif Réussite Educative (DRE) de la Ville de Châteauroux. Ils participent à l'ULM Academy, créée sous l'impulsion d'un membre de la JCI volant lui-même au Club des ailes motorisées de Levroux (ULM). La FFPLUM crédite l'initiative d'un budget prévu à cet effet.

Petit, je n'aimais pas trop l'école. Je pigeais assez vite les cours, mais me lassais rapidement d'entendre seriner en boucle les mêmes mots à l'attention des cerfs-volants. Ainsi, réfugié dans mes rêveries, je ratais des trucs essentiels et rentrais finalement at home avec des bulletins en berne et un goût de fer dans la gorge ; l'inéluctable conséquence de mes errances sonnant comme des cloches : Bim ! Bam ! Boum !

Mes frangins, moi, les potes, la quasi-totalité des mômes se prenait des avoinées quand les notes tendaient vers l'inacceptable. Le corps enseignant ne faisait pas de cadeau non plus. Quand un prof' torgnolait un nain pour insolence, les parents étaient convoqués, indexés, et le lardon exclu du bahut. Personne ne trouvait à redire. Et ces mouflets : que sont-ils devenus ? Dépressifs et schizophrènes ? Malheureux ? Suicidaires ? Pas que je sache. Ils sont devenus NOUS. Des gens pour la plupart travailleurs et courageux, empreints des notions de civisme et de devoir.

Avant, on parlait de mérite. Un mot devenu rare, n'évoquant plus grand chose. Pire, souvent galvaudé. Ainsi on attribue du mérite comme on lance des confettis, au hasard, comme on décerne des légions d'honneur à des rappeurs ou des ministres.

On parlait de récompense. Ce qui accompagnait le mérite : une bise pour un sourire ; un bon point pour une réponse juste ; une image pour 10 bons points ; un cadeau pour une BA ; un travail pour un diplôme.

On parlait aussi de punition : des lignes pour un cahier oublié ; une colle pour une connerie ; une mandale pour une incivilité ; la taule pour un délit.

Aujourd'hui, une double dérive sociétale sape petit à petit les fondements de nos institutions, faisant de nos enfants les victimes de doctrines généreuses d'une part, et de profits faciles d'autre part.

Ainsi, un aréopage de bobos ampoulés, près l'establishment, a-t-il décidé au nom de principes idéalistes que l'enfant serait roi. Putain d'idée ! On a décapité Louis XVI pour accoucher d'enfants-rois (Ch. Alévèque). Sauf que si le roi est un con (le roi des cons), il définit la norme à la hauteur de son QI. Si le roi barre de travers, nous glissons tous de concert. Et comme le roi est insupportable et capricieux (c'est un enfant), la société-valet s'accommode des conséquences. Et là... aïe !

On crée donc un roitelet : on le révèle ; on l'auréole ; on le glorifie ; on l'adore... on le MEDIATISE. Et parallèlement on utilise la créature à des fins diversement inavouables : pour se donner bonne conscience ; pour s'auréoler de bonté visqueuse ; s'approprier son éventuelle réussite ; pour le fric ; le pouvoir ; la reconnaissance...

Et le nain couronné, perdu dans cette nébuleuse qui paraît graviter autour de lui, se perd dans la facilité d'un système rassurant où tout est possible, à chances égales, qu'on bosse dur ou qu'on se tire sur la nouille. Il croit profiter, mais c'est de lui qu'on profite. Et lui se noie.

Prenant pour exemples les modèles inféconds des stars éphémères qui polluent nos écrans, lobotomisés par fesse-bouc, il pense que réussir consiste à se teindre les cheveux en vert et brailler dans un micro lors d'un télé-crochet à deux balles.

Ainsi nos chers innocents faisant religion du schéma qu'on leur propose, sombrent indiciblement dans l'échec. Victimes consentantes, ou victimes de leur paresse. Car aller chercher ailleurs des valeurs plus élevées, c'est fatigant. Cela les ''blase'', comme ils disent.

Bon... vous vous dites que ces préoccupations sont bien éloignées de nos petits soucis de pilotes, non ? Bah non. Parce qu'avant d'être des pilotes nous avons avons été des mômes. Et pas forcément les plus mauvais. Sinon nous ne serions pas en mesure d'assumer notre passion. Même pour ceux qui ont connu un départ difficile. L'excuse du climat social ou familial, nous l'avons écartée. Car pour accomplir nos vies, seul le courage d'y parvenir nous a été utile. Les outils n'étaient que secondaires. La prise en main était ancrée au fond de chacun.

Pour l'obtention du BAC, mon paternel m'a ''autorisé'' à passer la licence, puis ''autorisé'' à acheter une moto, avec un fric, que j'ai gagné en bossant durant les vacances. Sur le coup, je l'ai eu un peu saumâtre, mon pote Frédo s'étant vu offrir tout ça alors même que l'examen lui a échappé. J'ai compris plus tard que ce permis et cette moto avaient un truc en plus. Ils étaient MIENS ; je les méritais, doublement.

Pour en revenir à nos quatre assistés, n'aurait-il pas été plus inspiré de leur ''offrir'' un boulot dans le monde merveilleux de l'aéronautique ? Une chance, une opportunité, de TRAVAILLER pour obtenir un mérite ? Leur communiquer une vocation basée sur l'effort de s'accomplir ? D'autant qu'un tel cadeau leur serait sans doute plus profitable dans l'avenir.

A-t-on pensé à la jeunesse courageuse et brillante qui tente de s'en sortir par l'étude et le travail ; et qui voient les ''cadeaux'' leur échapper au profit de copains moins bosseurs ? A-t-on comptabilisé l'impact que cela peut avoir sur eux ? S'est-on interrogé sur le fait qu'avec la discrimination positive, la gestion d'un groupe se résume à la gestion de ses moutons noirs ? Que le paradoxe de toute discrimination positive est d'abaisser le niveau au lieu de le relever ? Se souvient-on qu'à la carotte s'oppose le bâton ?

Aider, c'est donner à manger ; permettre d'avoir chaud ; contribuer à se réaliser. Pas faire miroiter un rêve qui n'aura aucune suite concrète. Ces gamins seront-ils plus heureux avec un brevet de pilote (s'ils l'obtiennent), et rien ensuite ? N'est-ce pas créer une frustration supplémentaire ?

Aider les jeunes : OUI ! Aider les jeunes MERITANTS : re-OUI. Mais faire du social n'est pas la vocation d'une fédération comme la nôtre. Je ne casque pas une cotisation pour récompenser des gamins qui optent pour l'échec sous prétexte que la réussite les fatigue. Que notre fédération s'associe à ce type d'actions me gonfle au delà du supportable. Son président D. Méreuze, dont je partage la vision de responsabilité, de dignité ou de moralité, ne saurait - j'en suis sûr - être caution d'une méritocratie des branleurs.

J'ai eu plaisir à rencontrer des jeunes aidés par la FFPLUM, des jeunes intéressants, plein de projets. L'un d'entre-eux (élève ingénieur à l'UTC) est co-fondateur et secrétaire général de l’association UTCiel ; il s'accomplit par la volonté et le travail. Et tant d'autres... J'aurai plaisir à savoir que des jeunes ''défavorisés'' soient aidés à trouver un job dans des structures aéronautiques (défavorisé ne signifie pas forcément en échec scolaire).

Je sais mes contemporains capables de me brûler vif parce que je reconnais l'eugénisme comme fondement de l'évolution des espèces (à l'instar de Darwin, que l'Eglise tient pour hérétique). Mais tant pis ; je persiste à penser que si tous les humains ne sont pas faits pour les mêmes usages, tous peuvent s'accomplir dans la vie à la seule condition de travailler. Je m'en réfère à ces quelques vers de La Fontaine, qu'il serait bon de ''re-voir'' enseigner dès la maternelle : Travaillez, prenez de la peine, c'est le fonds qui manque le moins, disait un riche laboureur à ses enfants... le père fut sage de leur montrer avant sa mort, que le travail est un trésor.

Bons vols

Miguel Horville

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