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Edito juillet 2016
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Concepteurs amateurs

Fréquemment, des passionnés désireux de construire eux-mêmes leur aéronef contactent ULMaG en vue de soumettre leur projet, tantôt pour des conseils, tantôt simplement pour le présenter. Outre que je n'ai aucune compétence pour valider de tels projets, je suis surpris du nombre (croissant) de ces demandes. Ce n'est pas tant la démarche créative qui m'interpèle, que les raisons qui peuvent conduire à une telle entreprise. Car s'il en est bien une, c'est celle-là, aventureuse ô combien !

En règle générale, les candidats à la création cherchent à réaliser mieux que ce qui existe. Plus léger, plus performant... Dans le cas de la création, c'est rarement l'aspect économique qui est avancé, même s'il n'est pas absent des critères.

Toutefois, il est très rare que l'envie de concevoir réponde directement à un problème incontournable, comme une surcharge pondérale excessive. Les auto-concepteurs sont majoritairement des gens à la morphologie ''normale'' qui, ayant fait le tour de ce qui existe, estiment que l'offre ne répond à pas à leurs attentes.

La plupart de ces personnes ont une idée bien arrêtée sur le produit souhaité : les ailes de tel appareil, sur le fuselage de tel autre, un empennage comme ceci, un moteur comme cela...

Comme si aucun constructeur n'avait été au bout de la créativité et que le produit d'excellence, savant compromis de réalisations non abouties, restait à découvrir...

Outre qu'il ne faut pas manquer d'air pour critiquer ce que des ingénieurs ont difficilement mis au point et amélioré au fil du temps, il faut encore moins de gêne pour s'imaginer qu'on va bouleverser les choses en bricolant un ''bitza'' dans son coin.

Particularité de nombreux prétendants : la faible expérience, en qualité que pilote, comme en tant que constructeur. En revanche, force est de reconnaître que ces créateurs ne manquent pas de culture contemporaine, sans doute à force de glaner des renseignements auprès des clubs, des copains pilotes ou simplement sur les forums. Une majorité d'entre-eux ont pratiqué le radio-modélisme, mais pas tous.

Récemment, un garçon au demeurant charmant, d'une trentaine d'années (qui apporte une fraîcheur appréciable à notre univers), m'a envoyé les esquisses de l'ULM qu'il compte construire. Cellule composite, ailes basses en bois, verrière coulissante, train tricycle, empennage traditionnel composite, 912 ou UL-Power... Une très jolie bestiole qui ressemble à tant d'autres commercialisées (tant esthétiquement que techniquement), que je lui ai forcément demandé pourquoi il n'achèterait pas un appareil similaire, neuf, ou d'occasion si ses finances sont limitées.

Ses raisons sont multiples. D'abord les performances : ce qui ressemble le plus à son projet est le Zenair 601 (UL ou XL...). Mais ce dernier se ''traîne''. Son ULM devrait croiser à 220 km/h. Ensuite la masse à vide : l'idée est de tendre vers 255 kg avec parachute. Ensuite la vitesse mini : un profil de volets de son invention pourrait la faire chuter à moins de 55 km/h, peut-être 50 km/h. Enfin le coût de fabrication, qu'il estime à 25 000 euros prêt à voler.

Deux possibilités : soit le jeune homme est un surdoué et va nous pondre un engin redoutable qui fera sensation lors d'un futur salon aéro' ; soit c'est un rêveur qui manque de recul pour admettre que la voie choisie s'encombre d'obstacles infranchissables.

Quelques échanges de mails plus tard, j'ai acquis la conviction que notre ami ne peut concevoir l'ULM de ses rêves, qu'il ne pourra pas le construire et qu'il doit abandonner son projet s'il veut voler un jour.

Et pourtant... Je sais que ce concepteur est intellectuellement honnête et assez sérieux dans son approche. Il possède des connaissances et ne répugne pas à apprendre auprès d'experts. L'usage de logiciels de calculs ne lui est pas étranger, MAIS... il ne voit pas la globalité du projet, les interactions entre les options de design, les effets secondaires... Pour lui, un aéronef est comme une caisse en bois, composée d'un socle, de côtés et d'un couvercle. Il n'appréhende pas les conséquences d'un assemblage ponctuel sur l'ensemble du produit. Sa vision de la résistance des matériaux s'arrête à la résistance statique de chaque sous-ensemble. Et surtout, il considère que sa chaîne est qualifiée par ses maillons les plus forts : l'aile qui va vite, le moteur puissant, le faible maître-couple...

Considérant l'individu comme particulièrement agréable, plein de fougue et assez ouvert pour entendre la critique, je lui ai fait part de mes doutes, de mes réserves et surtout de mes craintes.

Je crois qu'il m'a entendu. Je l'espère, pour lui. Pour que son rêve ne vire pas au cauchemar, pour qu'il ne se tue pas, pour qu'il ne perde pas son temps et son argent.

Est-ce ainsi qu'il faut conseiller les potentiels créateurs ? Ne rate-t-on pas des innovations majeures en décourageant les enthousiastes ? Je n'ai pas la réponse. Mais tant qu'il s'agit d'inventer ce qui existe déjà, je pense que le mieux est de s'abstenir. De géniaux constructeurs ont produit des centaines d'appareils sûrs et performants ; les chances de rivaliser ou de dépasser ces modèles sont extrêmement réduites. Car s'il est toujours possible de faire mieux (voir le Blackwing face à ses concurrents), la constante matérielle est immuable : la perfection entraîne un coût et une mise en oeuvre qui n'est plus à la portée d'un constructeur amateur.

Je pense que s'il est encore possible d'innover, ce n'est pas dans le segment que les créateurs amateurs visent majoritairement, mais à l'inverse, dans celui des ULM basiques, ceux de l'ancien temps, qui volaient déjà plutôt bien avec des technologies désuètes. Appliquer du modernisme à ces chiffons volants pourrait nous faire redécouvrir l'ULM. Aucun industriel ne s'engouffre dans cette brèche, parce que ce n'est pas vendeur, pas excitant, pas flamboyant. C'est là que les amateurs ont une carte à jouer.

Un simple Cubchel (Dalby-APEV), est l'illustration qu'il est possible de progresser à moindre frais ; améliorer un concept ancien, le rendre plus sûr, plus facile, plus performant... Il suffit de se pressurer la tronche pour aboutir.

Et il reste tant à faire, peut-être à découvrir !

Car s'il s'entend communément que le progrès technologique s'accompagne d'une complexité accrue, les plus géniaux créateurs doivent prouver qu'une simplicité extrême est un progrès encore plus considérable.

Bons vols, avec prudence.

Miguel Horville



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